ville du monde complexe
Réflexion

Spiritualité, Séparation et Monde Complexe

La séparation est une illusion.

Nous en avons discuté par le passé, nous avons même tenté de le démontrer.

Cependant, cette illusion est si profondément ancrée en nous qu’elle s’exprime au niveau de notre pensée, de notre vision du monde. Après tout, elle fait partie de notre condition humaine, de notre incarnation.

Nous apprenons donc à l’école qu’il existe des matières séparées les unes des autres. Que des liens existent certes entre elles, mais si ténues qu’il est possible d’en étudier une sans considérer les autres.

De nombreux penseurs ont remis en cause cette façon d’aborder la connaissance, comme récemment Edgar Morin et son Introduction à la Pensée Complexe. En effet, cette « séparabilité » peut être considérée comme la raison pour laquelle l’humanité n’a pas pu anticiper les conséquences de ses actes. Plus grave, elle serait ce qui l’empêche d’y faire face à présent.

Toutes les matières et les sujets doivent s’étudier via le spectre de la condition humaine, de ses besoins, de ses désirs. En vérité, il n’y a qu’une matière, qu’une seule science, qu’une seule conscience qui s’exprime à tous dans cette réalité partagée, subjective et humaine.

Si toutes les matières doivent s’unir entre elles, qu’en est-il de la spiritualité ? Comment faire coexister spiritualité avec sociologie, économie ou politique ?

Dans l’article qui va suivre, nous considérerons les raisons de la séparation entre la spiritualité et le monde puis quelles sont les différents aspects qu’une union entre elles pourrait prendre.

La Spiritualité Séparée du Monde ?

Dans toutes les civilisations, la spiritualité est associée au recueillement et à la solitude. Il n’y a qu’à observer les couvents et les monastères présents dans toutes les branches de la Philosophie Eternelle. Encore plus révélateur : toutes ses branches ont connu des moines vagabonds et mendiants, à l’instar des ermites chrétiens, derviches musulmans ou des sadhus hindous pour ne citer qu’eux.

Plusieurs raisons expliquent cette tendance à la réclusion.

Pour devenir un mystique – en d’autres termes pour connaitre le divin directement – les Hommes ont compris bien vite que les distractions des sens et a fortiori des biens sont des obstacles persistants. Le destin de l’humain dans le monde est d’être soumis aux circonstances que la vie met sur son chemin telle une feuille soumise aux vents. Au contraire, nous parlons d’enracinement et d’ancrage pour désigner le fait de vivre dans son corps et dans l’instant présent. Connaître son cœur et son âme nécessite une introspection quasi-permanente, qui elle n’est possible que dans le calme le plus complet.

La deuxième raison est que la religion a souvent été l’instrument de l’ego individuel. L’histoire a démontré que faire partie d’un ordre religieux n’est pas une garantie de sainteté. Au contraire, au Moyen-âge et à la Renaissance en Europe, devenir une figure d’autorité religieuse était le moyen le plus simple d’échapper à la misère et d’acquérir de l’influence. Ainsi de nombreux exemples existent de figures d’autorité religieuse qui se sont servis de leur pouvoir spirituel pour asseoir un pouvoir temporel, mais je ne citerais ici que le Pape Borgia.

Une religion est avant tout un ensemble d’us et coutumes destinées à rendre accessible le divin au plus grand nombre. C’est en d’autres termes une vulgarisation de la spiritualité qui avec le temps s’est organisée puis institutionnalisée. La troisième grande raison pour laquelle la religion a été séparée de l’ordre temporel est qu’il lui est arrivé d’être prise pour une fin en soit et non un moyen d’atteindre la connaissance du divin. Ainsi, ses règles et ses lois ont pu être interprétées avec trop de sérieux et développer de l’intolérance ; qui est une porte donnant sur la haine. C’est ainsi que conversions violentes, massacres et guerres de religions ont pu s’observer.

Ces trois raisons principales de la séparation de la religion ont pu se nourrir les unes les autres. En effet, si les personnes les plus pieuses, les plus sages se sont majoritairement isolées de l’organisation religieuse voire de la société, elles ont laissé la place aux opportunistes qui eux ont pu laisser l’intolérance et la haine se propager, trop occupées à amasser profit et à en jouir sans vergogne.

Ainsi en France la loi 1905 a officialisé la rupture entre le pouvoir temporel puis le monde, et entre la religion puis la spiritualité. Car rappelons-le, une spiritualité renvoie à la pratique et la croyance individuelle, religieuse ou non, tandis que la religion fait référence à une organisation et une législation de ces dernières.  

Si la religion et la spiritualité ne sont pas à confondre, alors cette séparation peut concerner l’une sans concerner l’autre. Peut-il rester une place pour la spiritualité dans l’ordre temporel ? Quelle est la place de l’être éveillé dans le monde d’aujourd’hui ?

Monastère du Nid du Tigre au Bhoutan
Monastère du Nid du Tigre au Bhoutan

L’Union de la Spiritualité et du Monde

Nous parlions dans l’introduction du monde et de sa complexité.

J’ai récemment été touché par la série The Good Place qui démontre que de nos jours il est presque impossible de vivre sans avoir un impact négatif dans le monde ; nous consommons des produits venus des confins de la terre, issus de l’exploitation d’enfants et polluants terres et mers. Alimentation, vêtements, électroménager, transport, divertissement, l’entreprise pour laquelle nous travaillons… La seule véritable solution semble être de s’isoler, imitant les ermites du chapitre précédent.

Mais au contraire, l’union de la spiritualité et du monde peut être la solution.

Nous savons déjà qu’avant de vouloir changer le monde, il est plus important est de se changer soi-même. Après tout nous faisons partie du monde, donc il change avec nous ; et puis notre exemple peut inspirer d’autres pour qu’eux aussi se transforment. Ces métamorphoses individuelles impliquent des bouleversements dans les domaines économiques, sociaux, politiques pour ne citer qu’eux.

La suite de cet article est à lire en relation avec notre ebook gratuit L’Eveil de L’humanité ou notre article sur la transcendance de la condition humaine.

S’il revient à l’individu de choisir la philosophie de vie qui lui convient le mieux grâce à son libre arbitre, la somme des choix égoïstes ne permet pas d’atteindre un résultat « optimal » comme nous le voyons à l’état actuel du monde. C’est d’ailleurs le sujet central de l’économie : les effets de la somme du désir de prospérité des individus ainsi que les modèles qui peuvent en émerger de l’étude de ces choix.

La spiritualité amenée à l’économie permettra à l’individu de faire des choix de consommation éthiques : sains, locaux et solidaires. Une fois le profit passé au second plan, le consommateur ira vers une simplicité heureuse, le producteur vers un don de soi, un désir d’offrir le meilleur possible ; et c’est tout le marché qui sera réformé car ensemble, ces êtres spirituels pourront guider la direction d’une économie.
Quant à voir quelle place laisser aux relations marchandes dans une société régénérée est une décision sociale et politique. 

Dans un monde fini, la richesse accumulée par l’un est retirée aux autres. C’est une triste réalité qui pourtant est niée par la quasi-totalité. Rentre alors en compte les questions de justice sociale. Comme nous le savons, un peu plus de 50 personnes dans le monde possèdent autant que la moitié de la planète et la tendance est à l’accentuation de ce phénomène.
La méritocratie nous présente un modèle dans lequel nous devons être rémunérés à la juste valeur de notre travail, pourtant je ne pense pas qu’aucun travail puisse produire une valeur telle qu’elle justifie de virtuellement retirer de la richesse à la moitié du monde.
Individuellement, un être plus spirituel sentira qu’une telle disparité n’est pas juste et sa compassion le poussera à redistribuer. Collectivement, l’allocation de la richesse sera pensée pour être plus équitable, car personne ne « mérite » de finir si pauvre qu’il ne puisse subvenir à ses besoins primaires.

Le travail sera d’ailleurs pensé pour laisser la place nécessaire à la vie privée, à l’épanouissement personnel car sans recherche obsessive du profit, la productivité passera au second plan.

J’aime à penser pour finir que les être spirituels pourront se considérer véritablement égaux, au-delà de leurs différences de sexe, de couleur de peau, d’orientation amoureuse ou même de pensées. De la même manière, l’effacement de l’illusion de séparation gommera les Etats historiques (mais non pas les cultures et sous-cultures).

Une telle vision de l’individu et du collectif impliquera une organisation politique radicalement différente.

Dans le chapitre précédent, nous avons parlé du problème qui se produit lorsqu’une personne faussement spirituelle accède au pouvoir. Malheureusement, c’est un problème qui se rencontre encore plus largement dans l’ordre temporel ; car si dans l’ordre éternel les imposteurs doivent faire semblant d’adhérer aux valeurs religieuses, dans le monde les valeurs qui sont prônées ne sont pas forcément éthiques. Pour paraphraser Aldous Huxley : rien de bon ne peut parvenir d’un dirigeant qui n’est pas régénéré.

En admettant que les responsables politiques puissent être spirituels, c’est-à-dire motivée par un désir de connaître le divin intimement, cherchant à l’honorer dans chacun et dans chaque situation ; alors le système politique fonctionnera de lui-même. Cependant même dans un monde plus spirituel des désaccords et des divergences d’opinion peuvent survenir, et comment s’assurer que le dirigeant n’est pas simplement un loup qui se déguise en agneau ?

La conséquence de toutes ces considérations serait à mon sens un système décentralisé et avec plus de démocratie directe, peut-être au niveau de la région ou du département. Le fédéralisme semble offrir une bonne base : les instances considérés comme nationales seraient chargés de prise de décision plus globales, d’orientations et de lois fédérales. Cependant, toute représentation serait sujette à la possibilité pour le citoyen de révoquer son élu. Ainsi au niveau régional ou départemental, des assemblées citoyennes pourraient prendre la majorité des décisions. Je laisse à d’autres le soin de trouver les modalités satisfaisantes.

Pour conclure, la spiritualité peut trouver par extension une place prépondérante dans la société car la philosophie de vie que se choisit un individu transpire dans chacun de ses choix, dans la vision de son monde. Il pourra être envisageable de mettre en place une sorte d’éducation mettant en avant l’esprit critique et la liberté en plus du mysticisme et de la foi, mais seulement une fois que la Conscience sera plus propagée. C’est la raison pour laquelle je pense qu’il n’est plus temps pour les ermites, les chercheurs de l’âme de se taire et de se cacher. Une fois la révolution intérieure bien entamée, je pense qu’il faut encourager celle extérieure.

Avec paix et amour.

Merci infiniment d’avoir pris le temps de lire cet article. N’hésitez pas à le partagez et le commenter pour continuer la réflexion !

Namasté!

Flavien M.

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