Réflexion

La Métaphysique du Changement : Conditionnement, Attachement et Déconstruction

Pour construire, il faut d’abord déconstruire.

Ceci est une loi universelle au même titre que l’expression de Lavoisier : « rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme ».
D’un certain point de vue, l’Univers n’est qu’un cycle de construction et de déconstruction… De formation et de destruction de corps célestes.

Le cerveau humain ne déroge pas à cette règle. C’est seulement lorsque ce dernier s’effondre, déroulant des années de programmation, qu’il peut ensuite s’imprégner d’une pensée contradictoire. Et changer.
Car intégrer une pensée simplement « nouvelle » ne suffit pas pour devenir un nouvel être. Il faut aussi que cette dernière porte en son sein un degré de contradiction.

Sans cette déconstruction, une pensée contradictoire est accueillie avec résistance, pour ne pas dire avec opposition.

Comment accepter que la terre est ronde pour une personne convaincue qu’elle est plate ? Comment accepter que la réalité ne se résume pas simplement à la propriété pour un matérialiste ?
Comment accepter de remettre en cause notre mode de vie, considérer que l’Humanité va dans la mauvaise direction depuis plusieurs siècles ?

En plus d’être difficile, cette alternance entre construction et déconstruction mentale consomme énormément d’énergie. N’existe-t-il pas une autre solution, un moyen différent d’apprendre qui n’impliquerait pas de se retrancher derrière ses certitudes ?

Dans plusieurs de nos articles précédents nous avons parlé discipline et même de changement, sans décrire à quel point celui-ci est exigeant…
Changer de monde.
Se changer soi.

Dans l’article qui suit, décrivons la métaphysique du changement : ses mécanismes, sa philosophie, sa nécessité personnelle, sociale et sociétale. Puis nous tenterons de présenter une alternative à son schéma classique.

Apprentissage et Conditionnement

Changer implique un état antérieur. Intéressons-nous à ce qui précède au changement en premier lieu.

L’apprentissage, d’un point de vue biologique, se caractérise par la formation de connexions neuronales. Ces chemins, que ce soient des associations d’idées ou des gestes, deviennent de plus en plus solides à force de répétition. Plus un cerveau est souple, plus l’apprentissage est aisé. Nous parlons de la plasticité du cerveau pour désigner sa souplesse et donc sa capacité d’apprentissage.

Cet apprentissage peut-être considéré comme un long conditionnement ; à l’instar du chien de la célèbre expérience de Pavlov, nous adoptons les réactions qui nous sembles les plus adaptés aux stimulus externes et ces réactions deviennent ensuite des réflexes.

Le réflexe peut être bon ou mauvais, sa plus grande particularité est d’être hors de la conscience, d’exister en dehors du libre arbitre. Si nous demandons à une personne la raison de sa forte réaction émotionnelle, celle-ci aura souvent bien du mal à se l’expliquer en profondeur.

En plus de ce conditionnement, l’apprentissage nous permet de nous former tout un système de croyance. Et de fait un système de valeur.
Cependant, une partie de ces croyances sont fausses, ou du moins limitantes. Elles nous empêchent d’exprimer pleinement qui nous sommes, notre potentiel.

Des exemples de croyances limitantes répandues :

  • Je suis ce en quoi je crois.
  • Je dois faire ou réaliser quelque chose pour être heureux.
  • Je dois être parfait.
  • Je dois me sacrifier.
  • Je dois mériter d’être aimé.
  • Quelqu’un va venir pour me sauver.

Ce que nous appelons « personnalité » n’est que la somme de ces conditionnements, de ces croyances et de notre ego pour protéger le tout.
Notre personnalité peut être comparée à une « prison » pour l’essence qui se trouve au fond de nous ; entravée par des réflexes qui nous desservent et des croyances qui nous répriment.

Si l’information qui nous parvient est totalement neutre, nous pouvons dire que la façon dont notre cerveau est construit lui donne une certaine interprétation. Comme une vitre teintée qui donne une couleur unique au monde.

Bien sûr tout n’est jamais tout noir au tout blanc, notre personnalité est aussi la subjectivité unique avec laquelle nous expérimentons l’univers. Ou plutôt comment l’Univers s’expérimente lui-même.

C’est le caractère unique de nos incarnations qui leur donne leur merveilleux.

Attachement et Déconstruction

Nous l’avons évoqué précédemment, le rôle de l’ego est de protéger notre personnalité – qui nous pensons être – du monde extérieur. Pour se faire, il cherche avant tout à nous en séparer, à nous individualiser. Ainsi naît le « je » en opposition au monde.
Ensuite l’ego va chercher à défendre la personnalité des agressions extérieures, quelles soient supposées ou avérées.

Avez-vous remarqué à quel point nos émotions peuvent s’exacerber lorsque nous débattons de quelque chose qui nous tient à cœur ? Notre voix devient plus aiguë, nous avons chaud, et nous faisons abstraction de toute logique… Nous cherchons simplement à avoir raison, à tout prix. Ou à ce que l’agression que nous percevons sur notre personne cesse.

Lorsque vient le moment de remettre en cause une croyance limitante ou un conditionnement, nous nous trouvons dans la majorité des cas face à une résistance, une réaction de défense émotionnelle.

C’est parce que nous formons des attachements avec nos certitudes et nos systèmes de valeur, de sorte que nous finissons par ne plus les distinguer de qui nous sommes. Nous devenons nos croyances, et notre ego nous pousse à nous défendre.

Selon Don Ruiz Miguel Jr, il existerait 5 niveaux d’attachements :

  • Le détachement : c’est le niveau de liberté totale. Lorsque nous ne sommes pas du tout attachés à une idée, nous pouvons librement l’utiliser puis la laisser de côté selon nos besoins.
    Si cette idée est remise en cause, nous pouvons l’observer pour ce qu’elle est vraiment et décider d’utiliser son contraire si cela nous semble plus juste.
  • La préférence : c’est le premier niveau d’attachement à proprement parler. Nous avons une préférence pour une idée plutôt que les autres et nous avons tendance à l’utiliser parce que quelque chose en elle nous plait, semble résonner avec qui nous sommes. Ou qui nous pensons être. Même si elle ne correspond pas totalement à nos besoins, nous allons nous arranger pour l’utiliser.
    La remise en cause de cette idée implique de lutter contre cette préférence, que notre ego va nous pousser à défendre mais avec de bons arguments, nous pouvons finir par la mettre de côté.
  • L’identité : L’idée que nous avons choisi nous définit. Elle nous plait tellement que nous avons décidé d’en faire une part intégrante de notre personnalité. C’est donc tout naturellement que nous allons vivre cette idée dès que l’occasion se présente, et même lorsqu’elle ne se présente pas. Il faut vraiment qu’elle ne soit pas adaptée pour que nous utilisons d’autres idées.
    La remise en cause de l’identité va commencer à produire des réactions émotionnelles qui peuvent nous affecter sur la durée et notre ego nous poussera à la défendre comme si c’était nous que nous défendions. Changer implique au préalable de réaliser en quoi une idée ne peut correspondre à qui nous sommes.
  • L’intériorisation : Votre vie commence à tourner autour de cette idée. Tout ce qui ne correspond pas à cette idée commence à échapper à votre compréhension et ce qui est en opposition avec la votre créé de vives réactions. C’est la raison pour laquelle vous limitez les interactions avec ceux qui ne sont pas de votre avis. Les autres individus qui se réclament de cette idée doivent se comporter dignement vis-à-vis d’elle.
    La remise en question de l’idée intériorisée commence à devenir impensable et a le don de vous insupporter. Changer implique de réaliser que l’intériorisation est un mécanisme d’auto-acceptation.
  • Le fanatisme : Vous êtes tellement attaché à votre idée que vous êtes prêts à mourir et à tuer pour elle. Tous ceux qui se réclament d’idée différente sont des ennemis et même si vous n’êtes pas de nature violente, vous pouvez la comprendre et la justifier envers ceux qui attentent à votre idée. Vous n’avez donc plus aucune interaction avec ceux d’idée contraire.
    La remise en cause de l’idée fanatique n’est possible qu’en réalisant que sa vie et celle des autres vaut plus qu’une idée.

Nous oscillons tous entre les différents niveaux d’attachements selon les idées et les concepts. Il n’est pas rare de nous identifier à des croyances, ni d’en intérioriser quelques-unes mais heureusement qu’il est plus rare d’être fanatique… Quoique la société semble être en pleine crispation car les individus se sentent menacés par le monde qui les entoure.

La Métaphysique du Changement ?

Le changement est nécessaire à l’existence.

Tout est en éternel mouvement ; l’Univers est en effet en constante mutation, bien qu’à des échelles grandioses, et scléroser est le plus certain moyen de ne pas réussir à s’adapter à ces changements.

Un changement, selon sa nature, son intensité et sa durée pourra être qualifié d’évolution, de révolution, de mutation, de modification, de transformation ou de métamorphose pour ne citer qu’eux.
Ce dont nous avons besoin à présent au niveau sociétal et individuel est d’un changement de l’ordre de la révolution, de la transformation ou de la métamorphose.

Cependant, avec tout ce dont nous avons discuté jusqu’à présent, nous voyons que le changement n’est pas quelque chose d’aisé. Il remet en question notre représentation du monde, notre construction mentale. Notre conditionnement, notre système de croyance, nos attachements.
Notre ego.
En observant ces difficultés, pouvons-nous seulement dire que le changement dont nous avons besoin est possible ?

La physique, nous enseigne que rien ne se créé ni ne se perd jamais, que l’énergie et la matière sont simplement convertis.
La spiritualité, elle, nous enseigne que l’Etre est immuable. Si nous changeons quoique ce soit, ce ne sera toujours que la personnalité, pas l’âme qui se cache derrière.
Elle nous enseigne aussi que la personnalité n’est qu’une illusion, une construction déterminée à faire sens au monde qui l’entoure. Tout ce que nous expérimentons est une opportunité de dépasser ces illusions et de nous diriger vers la lumière.
De se point de vue-là, le changement est tout autant nécessaire à la personnalité pour que celle-ci puisse disparaître et laisser s’exprimer notre essence.

Néanmoins, s’il s’agit de déconstruire des années de conditionnement et de renverser des systèmes de croyance, changer est un processus demandant beaucoup d’énergie. Il ne faudrait pas qu’il soit nécessaire de changer plusieurs fois sinon individu n’investirait son temps et son énergie que dans cette entreprise ardue.

Non, la solution a déjà été citée plus haut…
Si nous ne devions choisir qu’un seul changement, ce devrait être un changement vers le détachement.
Lorsque nous entendons détachement, nous imaginons apathie, immobilisme, voire insensibilité. Mais tout est une question de degré. Tout est une question de choix. En ne m’identifiant ou en ayant aucune préférence, je suis libre d’envisager les choses sous tous les angles. Si une idée que je défends temporairement est remise en cause, j’ai la liberté d’adopter le point de vue contraire ou non. Surtout, je ne me sens pas agressé. Jamais. Le monde extérieur n’a aucun pouvoir sur moi.

Rien n’empêche de s’attacher temporairement aux choses, tant que nous gardons la capacité de prendre du recul et de nous détacher si cela devient nécessaire. Bien que cet exercice soit plus difficile que le simple fait de garder un détachement permanent.

Cette capacité d’adaptation est ce dont nous avons besoin individuellement et collectivement. Imaginons avec quelle vitesse le monde aurait pu réagir si nous avions tous eu cette capacité de détachement. Mais notre attachement à la croyance que nous devons être sauvés, notre attachement au confort ambiant est la force d’inertie qui nous retient.

Pour reprendre une nouvelle fois la citation de Bouddha : ce qui est difficile n’est pas le changement mais la résistance au changement.

Merci infiniment d’avoir pris le temps de lire cet article. N’hésitez pas à le partagez et le commenter pour continuer la réflexion !

Namasté!

Flavien M.

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