Réflexion

Le Langage de l’Univers : la Géométrie Sacrée

Platon a un jour affirmé que Dieu fait continuellement de la géométrie.

En effet, pendant des siècles les mathématiciens ont eu la sensation de parler le langage de la création et apportaient une révérence, une symbolique sacrée aux modèles qui leur permettaient d’expliquer le monde qui les entourait, de comprendre les lois naturelles. Toute technique, toute connaissance s’inscrivait dans l’ordre divin des choses. Pour appuyer leur vision du monde, nous distinguons la Géométrie à toute échelle, de la spirale logarithmique de la coquille des crustacés, aux fractales des arbres. Une bonne partie des relations mathématiques se retrouvent de l’infiniment petit à l’infiniment grand et la totalité du monde physique peut se décrire dans ce langage.

C’est ainsi que la géométrie dite sacrée peut être définie par la symbolique et la signification divine derrière certaines formes, dimensions, modèles et proportions observées dans la nature. Par extension, elle est aussi l’utilisation de cette symbolique dans les différentes intelligences humaines ; notamment dans la construction de structures religieuses, les arts plastiques…
Elle est la géométrie de la conscience.

L’objet de cet article sera de suivre la chronologie de la géométrie sacrée à travers l’histoire puis d’en introduire la symbolique.

La matière étant complexe, cet article sera plus dense que la moyenne cependant il vous donnera de bonnes clés pour analyser les symboles que nous retrouvons partout autour de nous et continuer votre apprentissage si vous le désirez.

 

La Science du Langage de l’Univers

La découverte du nombre d’or désigné par Φ, égal à 1,61803398875 remonte à 300 ans avant J.-C. par Euclide. C’est une proportion « d’extrême et moyenne raison » tel que a/b = (a+b)/a. Egalement appelé « section dorée », « proportion dorée » ou encore « divine proportion« , le nombre d’or peut être retrouvé dans les proportions de la pyramide de Khéops (vers 2600 avant J.-C.), d’ailleurs les textes d’Hérodote laissent à penser que les égyptiens se seraient sciemment fondés sur ce celui-ci pour la construction de leurs pyramides.

Les pythagoriciens eurent une fascination pour le nombre d’or à travers le pentagone/pentagramme qui serait le symbole de la quintessence, une représentation du divin. Les polyèdres suivants, des solides géométriques à 3 dimensions, ont des relations avec Φ : le tétraèdre (pyramide à 4 côtés), l’hexaèdre (cube à 6 côtés), l’octaèdre (8 côtés), le dodécaèdre (12) et l’icosaèdre (20). Dans la nature, les cristaux et quasi-cristaux sont des polyèdres qui ont un rapport avec Φ.

Léonardo Fibonacci, le mathématicien qui introduisit en occident les chiffres indo-arabes et leur immense savoir en la matière, présenta une suite numérique qui a pour particularité d’avoir un ratio qui se rapproche toujours un peu plus de Φ dans son livre Liber Abaci (1202). Dans la Suite de Fibonacci chaque terme est la somme des deux termes qui le précèdent, de sorte que le début soit : 0, 1, 1, 2, 3, 5, 8, 13, 21 etc…
Le lien avec la nature fut établi lorsqu’il fut découvert qu’une majorité des plantes présentent un nombre de pétales issu de cette suite : 3, 5, 8, 13, 21, 34, 55 ou 89. Par exemple le chou romanesco, en plus d’être une fractale parfaite possède un nombre de spirale issu de la Suite de Fibonacci.

Les artistes et les mathématiciens, qui à l’époque étaient souvent les mêmes personnes, se rendirent compte au fil du temps que ce nombre se retrouve partout, jusqu’aux proportions du corps humain. Ils commencèrent alors à l’associer à l’harmonie naturelle et donc à la beauté. Léon Pacioli théorisa son utilisation dans l’art dans le livre De la Proportion Divine (1509), tandis que Léonard de Vinci l’appliqua notamment dans son Homme de Vitruve (1490) qui devint symbole de l’Humanisme et de la Renaissance.

Par la suite, Φ devint la pierre angulaire de l’oeuvre de nombreux artistes, dans une recherche constante de la beauté et de la perfection. On retrouve ses traces jusqu’au XXe siècle avec l’architecte Le Corbusier, le compositeur Iannis Xenakis, le poète Paul Valery qui en fait l’éloge, ou le peintre Salvador Dali, entre autres.

Si dans l’art la divine proportion reste populaire, en mathématiques il convient de mentionner que son étude a progressivement été abandonné. Les critiques mentionnent que les promoteurs de l’idée du nombre d’or comme base de tout l’Univers partent de théories mathématiques qu’ils essaient à tout prix de caser dans leurs observations, en choisissant artificiellement les longueurs pour retrouver le ratio, ignorant l’absence de preuves de la volonté des civilisations ou des artistes de se conformer à ce ratio et se basant sur des approximations pour tirer des conclusions. Par exemple, dans une espèce animale ou végétale, il existe des variations qui ne permettent pas de retrouver ce nombre sur chaque individu.

 

En dehors de cette proportion divine, de nombreux autres modèles mathématiques se retrouvent dans la nature et sont étudiés avec attention. La fractale est une figure dont chaque élément contient l’ensemble, de sorte que si on effectue un changement d’échelle, le résultat reste le même. De la même manière, chaque partie du chou romanesco représente le chou romanesco dans son ensemble, comme un hologramme. Un arbre est un autre exemple de modèle fractal.

Une spirale est une courbe qui émane d’un point pour s’en éloigner toujours plus. Nous en retrouvons de nombreuses dans les plantes, les coquilles de mollusques, ou les cornes d’un ovin qui suivent un facteur logarithmique. La spirale d’or ou spirale de Fibonacci elle décrit une croissance basée sur le nombre d’or et se retrouve plus rarement dans la nature.

La théorie du chaos a été popularisée par l’idée qu’un papillon battant des ailes à un endroit peut créer un cyclone de l’autre côté de la planète. En mathématique, elle se décrit par l’idée d’un système dynamique très sensible aux conditions de départ. Dans la nature, elle est sans doute le modèle le plus important avec les fractales, d’ailleurs les systèmes chaotiques comportent des éléments de fractales.

A l’heure actuelle, aucun modèle seul ne permet d’expliquer ou de décrire l’ensemble de l’Univers, contrairement à l’idée classique sous-jacente à l’étude de la divine proportion, néanmoins nous nous en rapprochons en combinant divers modèles.
Pour reprendre la citation d’Einstein : « Dieu ne joue pas aux dés », mais lancerait-il une partie dont il connaîtrait d’avance tous les résultats ?

 

La Symbolique de la Géométrie Sacrée

L’intérêt de la géométrie sacrée réside dans le fait qu’elle ouvre une compréhension de l’Univers symbolique, abstraite et donc simplifiée, comparée à la théorie scientifique qui est devenue hermétique aux néophytes ou aux curieux. Tout comme le symbole taijitu est utilisé pour étendre sa conscience, les figures géométriques ci-dessous aussi. Les psychanalystes nous apprennent que la symbolique est le langage de l’inconscient.
De plus, dans l’ésotérisme il est largement admis que les formes géométriques provoquent se qu’on appelle des ondes de formes en entrant en interaction avec l’énergie environnante. Ces ondes de formes influent sur les champs d’énergie et donc ce qui se trouve dans l’environnement ; que ce soit animal, végétal ou inanimé.

Les pythagoriciens ont été parmi les premiers à développer un mysticisme des nombres. Ils ne concevaient pas que des nombres irrationnels puissent exister car chaque chiffre avaient pour eux une signification abstraite : 1 représentait la divinité, le 2 la femme, le 3 l’homme… Ainsi, en prenant le nom d’une personne et en le réduisant en nombre, les pythagoriciens pratiquant l’arithmancie pouvaient décrire la personnalité et la trajectoire de vie d’une personne. La gématrie, elle, consiste à additionner la valeur numérique des lettres d’une phrase pour en découvrir le sens caché.
Ces derniers sont finalement un ancêtre de la numérologie que nous développerons sans doute dans un prochain article.

La géométrie sacrée est largement influencée par la philosophie platonicienne affirmant que les concepts, les idées abstraites existent sous forme d’archétypes parfaits, immatériels et immuables à partir desquels les objets physiques découlent. Ainsi, les plus petites unités de matière, les atomes, auraient été des figures géométriques. C’est ainsi que nous retrouvons les 5 solides de Platon, qui sont les seules formes en 3 dimensions répondant aux critères suivants : équilatéraux, aux angles de même taille, le même nombre de faces se rencontre à chaque sommet. De plus, une fois dans une sphère, tous les sommets du solide en touchent le périmètre. Dans la Grèce antique, chaque nombre était associé également à un solide, et chaque solide est associé à un élément.

  1. le tétraèdre représente le feu : le savoir et la passion (créatrice ou destructrice).
  2. le cube représente la terre : la passivité, la stabilité et la fécondité.
  3. l’octaèdre est l’air : la vie, la spiritualité, la liberté.
  4. l’icosaèdre est l’eau : l’émotion, l’inconscient, la pureté, la transformation.
  5. le dodécaèdre représente l’éther : l’énergie, le prana, l’akasha ou la quintessence.

La sphère, elle, est l’élément zéro représentant le vide, l’unité, la conscience pouvant contenir tous les autres éléments.
Dans les années 80, Robert Moon proposa une table périodique des éléments avec les protons et neutrons de chaque atome arrangés géométriquement en fonction des solides de Platon. Selon le modèle de Moon, toute la matière physique connue serait effectivement sous forme des solides de Platon.
Ces solides ont été choisis car en y incluant la sphère, jusqu’à récemment ils étaient les formes géométriques en 3D les plus simples et les plus équilibrées connus.

Lors de la Création, la Conscience chercha à s’étendre et cette expansion peut se traduire symboliquement par un cercle plus gros mais l’échelle n’est pas un facteur premier en géométrie sacrée. Une autre manière de représenter l’expansion est de rajouter d’autres figures à celle existante. En prenant deux sphères de même diamètre dont le centre fait partie de la circonférence de l’autre, nous obtenons la figure Vesica Piscis qui représente la dualité après l’unité, ainsi que le principe féminin. Cette forme d’hélice rappelle l’ADN formée par la rencontre du matériel génétique masculin et féminin. En trois dimension, le Vesica Piscis a la forme d’un « disque gonflé » que certains associent à la forme de la lumière (en bleu sur schéma).

Toujours dans le cadre de cette expansion créatrice, nous pouvons symboliquement rajouter une sphère par élément : le feu, puis la terre, l’air, l’eau et l’éther. Les six sphères obtenues seraient alors les six jours de la création biblique, le septième jour au centre représentant le repos, le retour à soi, le vide. Nous obtenons alors la figure nommée Graine de Vie, dont le nom fait référence au fait que toute la création découle de ces éléments dits classiques.

La Graine de vie se retrouve dans nombre de cultures, sur de nombreux vestiges archéologiques, toujours dans l’idée que l’archétype prime sur le matériel. Il en découle que toutes les civilisations ont accès aux mêmes idées. Le nom vient aussi du fait qu’en rendant les sphères opaques et en admettant qu’une 8e sphère soit cachée par notre représentation en 2D d’un objet en 3D, la ressemblance avec des cellules embryonnaires en plein développement est frappante. Symboliquement, cela s’interprète comme la vie découlant des éléments classiques.

 

Le fait qu’en reliant les centres des sphères entre eux nous obtenions un cube peut être interprété comme le symbole du lien fort entre la terre et la vie.

En reprenant l’expansion de la Conscience, ajoutant de nouveaux cercles, nous finissons par tomber sur un autre symbole partagé par de nombreuses civilisations anciennes : celui de la Fleur de Vie. La figure de gauche représente la Fleur de Vie qui fut plus communément dessinée dans l’histoire, néanmoins en complétant les cercles coupés sur les bords, nous obtenons la figure de droite à 27 sphères.

Le nom fait référence à la Graine de Vie et s’explique par le fait que la figure contient en son sein tous les solides de Platon en reliant certains de ses points, ce qui peut s’interpréter comme l’interdépendance, l’interconnexion de toutes choses. Elle renvoie aussi à l’idée d’harmonie et de fractale : même si les cercles se sont multipliés, nous retrouvons en leur sein les éléments classiques. Ce symbole a la propriété d’élever la vibration, certains l’utilise pour dynamiser et équilibrer eau et aliments en les posant dessus.
La Fleur de Vie est donc le summum de l’expansion de la Conscience, cette dernière va maintenant au contraire chercher à retourner à l’Unité et ce faisant nous allons découvrir d’autres symboles très importants.

La Fleur de vie renferme la Merkabah. Le mot vient de l’hébreu et signifie « Chariot ». Le concept est originaire de la Kabbale que nous avons étudié il y a quelques semaines.

En 2D, il prend la forme d’un hexagramme qui est le symbole de l’Etoile de David, tardivement associé à la religion juive. Il est affilié à l’équilibre des contraires.
Dans les traditions hindoue, l’hexagramme est associé à Brahma, le dieu créateur ou à la trinité hindoue nommée Trimurti. Le triangle ascendant représente la Matière qui monte vers l’Esprit et le triangle descendant l’Esprit qui descend dans la Matière ou encore les principes Féminin et Masculin. Il est actuellement l’un des symboles les plus respectés de l’ésotérisme et des différents mysticismes. Nous possédons tous une Merkabah, dans nos corps subtils que nous pouvons activer pour nous protéger, purifier nos énergies, stimuler notre auto-régénération et voyager dans d’autres plans.

La Fleur de Vie est aussi d’après des scientifiques une transcription du Tore, la représentation en 3D du champ magnétique qui se trouve autour de toute chose : animal, végétal et minéral. La Terre, les étoiles, les galaxies, toute chose possède un Tore.  D’ailleurs en l’interprétant à côté de la Merkabah, nous comprenons que les champs magnétiques voient une ascension de l’énergie négative et une descente de l’énergie positive. Il intéressant de noter que le centre du champ magnétique se situe au niveau du cœur pour les animaux.

L’énergie circule dans deux sens simultanément sur le Tore : horizontal (courbe violette) et vertical (courbe rouge). Ainsi, si nous prenons un point à l’intersection des deux courbes, il va voyager en diagonale jusqu’à éventuellement se retrouver sur le deuxième point d’intersection, caché dans cette représentation 2D. On dit en mathématique que le Tore est le produit de la « révolution d’un cercle autour d’un autre cercle ».

Le Fruit de Vie possède 13 sphères sélectionnées à partir des sommets de la Merkabah. Il est une sorte de simplification de la Fleur de Vie car en partant de ses centres et de ses points d’intersections nous pouvons également retrouver les solides de Platon. Certains le surnomment le Saint des saints car il est caché dans la Fleur de Vie et les adeptes de la Géométrie Sacrée se servent de ce symbole pour cartographier une évolution de conscience en remplaçant les sphères par des concepts comme la Vérité, le Bien-être, l’Abondance ou le Savoir, avec pour résultat un changement de paradigme.

En reliant tous les centres des sphères du Fruit de la Vie, nous obtenons le Cube de Métatron du nom d’un des anges les plus sages et puissants du judaïsme.  Dans cette tradition, ce symbole serait un moyen pour Dieu de transmettre son savoir et était utilisé pour se protéger des entités négatives.

Le dernier symbole important contenu dans la Fleur de Vie est celui de l’Arbre de Vie. D’inspiration Kabbalistique lui aussi, il symbolise le chemin de la Conscience de la Source au monde matériel et son retour. Comme dans le Fruit de Vie, chaque Sephiroth ou sphère représente un aspect de la Conscience créatrice et son énergie singulière.

Les 10 Sephiroths sont reliés par 22 lignes ou « chemins » correspondant aux lettres de l’alphabet hébreux et décrivant comment l’énergie circule entre les différentes sphères. En descendant de l’Arbre, l’énergie se matérialise, se concrétise jusqu’à devenir une force physique, une action dans le dernier Sephiroth. Le symbole est aussi divisé en trois piliers qui sont les énergies féminines, masculines et l’équilibre entre les deux au milieu.
L’Arbre de Vie est autant une représentation du microcosme de l’individu que du macrocosme de la Création dans son ensemble, une carte pour permettre à la conscience individuelle de se situer dans la Conscience Universelle et retourner vers l’Unité.

Et la boucle est bouclée.

 

Merci infiniment d’avoir lu cet article, je vous envoie à tous une tonne d’amour !
Namasté.

Flavien M.

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