Réflexion

Etre et Illusion

Le monde semble en crise.

Le climat se réchauffe, provoquant des phénomènes météorologiques de plus en plus violents et réguliers.
L’environnement est si pollué que l’air et l’eau sont à certains endroits considérés comme toxiques, tout comme nos corps à force d’ingérer des produits chimiques.
Des peuples se soulèvent à travers le monde pour dénoncer les inégalités et la perte de démocratie. D’autres migrent au péril de leur vie dans l’espoir de trouver de meilleures conditions de vie.
Des gouvernements remettent en question les libertés au nom de la sécurité et de la croissance.
…Et les entreprises continuent de courir après le profit, au détriment de tout ce qui précède.

Au regard de tous ces éléments, le monde est en crise. Il ne faut pas avoir peur, ou tenter de le nier.

Ceci est la Réalité.

Ou l’est-ce bien ?
Les spiritualités orientales nous apprennent que tout n’est qu’illusion. Alors ce monde ne serait-il pas en crise, en vérité ?
Existe-t-il une Réalité derrière cet océan d’illusions ?
Sommes-nous même capables de l’appréhender ? Et quelle est notre capacité à influer sur celle-ci ?

Tentons d’abord de démêler le vrai du faux avant de s’intéresser à notre rapport à l’illusion

Entre Réalité et Illusion

Nous pensons tous connaître la nature de la Réalité, néanmoins nous nous trompons, ce que nous connaissons n’est que l’illusion de la réalité.

L’illusion de la Réalité

Nous postulons qu’aucun humain ne pourra jamais concevoir la nature de la réalité pure, nos capacités étant limitées et notre programmation à la dualité à mille lieux des nuances de ce qui est.

Comment concevoir l’immensité de la création ?
Comment s’extirper des notions de bien et de mal ? Serait-ce souhaitable ?

Aucun humain non éveillé ne peut concevoir la nature de la réalité.
Alors lorsque les médias ou le monde extérieur nous propose une réalité, elle est probablement une illusion de la réalité.

Lorsque le discours majoritaire nous convainc que la compétition est l’ordre naturel du monde, sachez que ce n’est qu’une question de point de vue. J’avance que si le monde est ce qu’il est c’est aussi grâce à la coopération d’hommes et de femmes qui ont décidé de fonder des groupes, puis des sociétés. Si une entreprise ou une institution fonctionne, c’est aussi parce qu’elle est une mise en commun d’idées, de compétences et de force de travail.

Cette crise mondiale existe peut-être mais elle cache aussi la multiplication d’initiatives et d’expérimentations de nouvelles façons de vivre ensemble, en harmonie avec la nature. Il n’y a qu’à regarder le film Demain de Cyril Dion et Mélanie Laurent, datant de 2015.

Nous pouvons même dire que cette crise, latente depuis des décennies, est la raison pour laquelle ces initiatives se multiplient.

Le monde n’est ni totalement sombre, ni totalement éclairé. A l’échelle de notre cognition, il est : insaisissable, immatériel, imprévisible, irrésistible… il est une réelle illusion.

La Réalité de l’illusion

Le monde est une illusion non pas parce qu’il n’est pas réel dans l’absolu, mais car il tente de nous tromper en permanence. Percevoir la réalité sans artifices, se focaliser sur ce qui compte vraiment est toute la difficulté de l’existence. De surcroît l’existence moderne.

L’Illusion profite à ceux qui ont compris comment l’instrumentaliser. A ceux qui ne se soucient guère de la vérité, seulement de leurs gains. Pour ceux-ci, qui sont doublement plongés dans l’illusion, la vérité peut devenir un danger pour leurs intérêts. L’illusion se nourrit d’elle-même, jusqu’à l’autosuffisance.

De manière relative, le monde est une illusion car plus un objet est éloigné de nous, moins nous avons de chance de l’expérimenter directement. Et si ces objets éloignées peuvent dans de rares cas avoir de l’influence sur nous, ils ne doivent pas prendre le premier plan sur ce qui nous entoure immédiatement.
Sur l’instant présent.
Quel est l’intérêt du fait de savoir tout ce qui se passe dans le monde ? Certains événements peuvent prendre une ampleur mondiale il est vrai, mais trop d’information peut se révéler une désinformation en soi. Et notre curiosité nous maintient dans cette illusion relative.

Enfin, le monde physique est une illusion car c’est le monde des résultats, conséquence d’une infinité d’autres réalités : énergétique, mentale, symbolique, divine… Agir dans le monde physique uniquement est réagir au symptôme, non pas à la cause.
Vous pouvez détruire un objet, vous n’aurez que peu d’effet sur l’idéologie qui l’a produit.  De ce point de vue l’objet existe toujours, si ce n’est dans le monde physique, dans le monde mental, symbolique…

Comme nous l’avons abordé dans nos articles sur la kabbale, un événement négatif à première vue ne l’est pas forcément à tout point de vue, déjà car il est une incitation à corriger ce qui nous a conduit dans cette situation en premier lieu. Et la réciproque est vraie : un événement positif ne l’est pas à tout point de vue…
Si du haut de nos perceptions limitées ils s’accommodent via la Kabbale, bien et mal se réconcilient du point de vue du Taoïsme. Un événement est mal parce que le bien existe à titre de comparaison.
Sur ce même schéma de pensée, si le monde est une illusion, c’est parce qu’il est comparé à un autre réel. C’est parce que l’illusoire existe que le réel existe. Les deux notions sont interdépendantes, complémentaires, et transitives, c’est à dire qu’elles évoluent l’une vers l’autre. Un objet irréel à l’instant où nous parlons peut le devenir l’instant d’après ; c’est ce qu’on peut appeler une manifestation.

Quelle est la part d’illusion dans nos vies, quelle part de réel ? Ce sont des questions que nous devrions tous nous poser.
Et si nous sommes baignés dans l’illusion, cela veut-il dire qu’il n’y a aucun intérêt à changer quoique ce soit ?

L’Etre et l’Illusion

Évoluer dans l’Illusion… Devenir Illusion

Nous possédons tous un véritable monde à l’Intérieur de nous. Un mélange de croyances qui forme un système de valeurs, une collection de souvenirs d’où émerge l’expérience, et un ego pour protéger le tout.  Nous pouvons qualifier ce monde de réalité personnelle. Chacun de nous vit dans une réalité qui lui est propre.

Mais si nous sommes créateurs de ce monde intérieur et qu’il nous permet d’appréhender les mêmes événements avec joie ou avec colère selon notre programmation, ce dernier n’est pas isolé. Ce monde est en dialogue permanent avec l’Extérieur, qui est la somme d’une Réalité et d’innombrables mondes intérieurs. En effet, la somme de ces créations individuelles peut être qualifiée de « réalité agrégée » car l’addition de ces innombrables subjectivités nous rapprochent d’une certaine objectivité, comme lorsque les différents points de vue d’une histoire permettent de deviner ce qui s’est effectivement passé. Elle reste néanmoins différente, moins objective, que ce que nous nommerons la Réalité pure.

Lors de notre apprentissage nous sommes plus sensibles aux idées qui nous entourent et un lien direct peut être établi entre le groupe auquel nous appartenons et une partie des idées que nous adoptons. Une fois l’apprentissage terminé, l’individu devient plus résistant à l’influence extérieure mais jamais immunisé, sauf à s’éveiller et dépasser l’illusion.
La réalité agrégée est une création collective qui influe sur les créations individuelles, ainsi des valeurs du groupe, des croyances erronées ou du moins limitantes du groupe, se retrouvent forcées dans l’esprit individuel.
Ce dialogue étant permanent, tout ce qui est échangé ne peut être défini de « qualitatif ». Nous le voyons avec la surcharge d’information, la sur-stimulation des nouvelles technologies nous conditionnant à rechercher le plaisir immédiat de façon compulsive. Et tout ce qui n’est pas qualitatif est d’autant plus illusoire.

L’égrégore est l’expression mentale de cette somme de mondes intérieurs. Elle est le Zeitgeist ou l’esprit de l’époque : l’ensemble des croyances et des programmations de tous les membres qui composent un groupe donné.
Depuis des siècles déjà l’égrégore du monde est tourné vers la recherche de profit, l’individualisme, la peur du prochain. Mais cela ne veut pas dire qu’en dehors de son courant majoritaire, ce dernier n’est pas parcouru de rêves de justice, d’harmonie de l’humanité entre elle et avec la nature, comme nous l’aborderons plus bas.

Ainsi le Soi devient l’Illusion, à force d’être confrontée à elle, éduquée, conditionnée par cette dernière. L’individu ne peut plus faire confiance à ses pensées, à ses sensations, à ses émotions car elles sont le résultat de causes qu’il ignore.
Sommes-nous même réels ?
C’est seulement à partir de ce constat nihiliste que l’Etre peut aborder son long cheminement vers la Réalité.

Transcender l’Illusion

Il est indéniable que l’Illusion peut avoir un grand impact sur celui qui ne le prend pas avec recul, qui n’a pas encore effleuré sa véritable nature. La consommation d’antidépresseurs et autres anxiolytiques n’a jamais été aussi grande de par le monde. La recherche de réconfort, d’oubli, d’autorité que nous constatons autour de nous renforce cependant cette sensation d’illusion ; qui nourrit encore cette fuite en avant…
Mais dans ce tourbillon, l’Etre peut se retrouver confronté à une idée : celle de la Réalité pure. Cette fugace notion peut le nourrir et le pousser vers plus de connaissances, plus d’expériences directes. Il va petit à petit briser ses conditionnements, les dépasser.
L’élan qui pousse à transcender l’Illusion est l’origine de toute philosophie, de toute spiritualité.

Le Soi faisant partie de l´Illusion, lorsqu’il s’éveille et dépasse les turpitudes du monde extérieur, il se dépasse lui-même et trouve sa véritable essence. Quand bien même toutes nos pensées, toutes nos actions seraient illusions, lorsqu’elles deviennent des choix conscients, celles-ci se rapprochent de la réalité.
A quoi bon changer quoique ce soit ?
Parce que nos choix et les actions qui en découlent sont ce qui donnent du sens à notre existence, ce qui insuffle du sens à cette illusion.

A la question de savoir si nous pouvons changer quoique ce soit, l’originalité de l’individu et ses idées uniques, peuvent aussi modifier les croyances du groupe tout comme le groupe influence l’individu.
Prenons pour exemple les figures illustres religieuses, scientifiques ou culturelles.
Nous pouvons tous être ces figures-là. 
Le changement d’un groupe ne se fait pas sans encombre. Beaucoup d’individus se sentent personnellement remis en cause lorsqu’ils sont confrontés à des idées qu’ils ont intégré, mais cette résistance n’est que le reflet de la notre au début de notre voyage. Nous devons l’accueillir avec respect et… Amour.
Mais ce travail de longue haleine commence à porter des fruits, je le vois dans l’égrégore qui s’ouvre de plus en plus à de nouvelles idées… Plus spirituelles.
Lorsque nous changeons, le monde change avec nous.
Il en est ainsi car il n’y a pas de séparation : tu es moi, il est toi et nous sommes Un.

Et si tout est illusion, alors d’un point de vue taoïste rien n’est illusion. Si rien n’est illusion, alors tout est réalité. Il n’y a pas de différence entre l’un et l’autre. Le monde est en capacité de tromper notre perception aussi bien qu’il peut nous les sublimer.
Ce qui distingue donc fondamentalement l’Illusion de la Réalité est la Conscience. L’instant présent est le seul temps qui existe véritablement, la congruence est la seule pensée, la seule action est la création.

Alors la prochaine fois que nous observerons le monde, nous nous dirons qu’il est en crise…
Ou plutôt non, qu’il est en métamorphose. En évolution. En transition, en bouleversement. En oscillation, en mutation. En modulation, en conversion, en revirement, en rectification, en révolution. En transposition, transmutation, transformation, transfiguration, variation, altération. En flux, en fluctuation. Glissement. Bascule.
Bref, la prochaine fois que nous observerons le monde, nous le verrons pour ce qu’il est. Tel qu’il a toujours été, entre illusion et réalité, et nous aurons le détachement suffisant pour ne pas nous laisser affecter.

L’émerveillement suffisant pour en voir l’insupportable beauté. Et le courage suffisant pour lui faire face à l’instar de son reflet dans nos pupilles.

Car illusoire ou pas, il est. Et nous sommes. Tout simplement.

Flavien M.

2 commentaires

  • Thierry

    Beau texte mais référence malencontreuse à Demain, navet grand-public alibi du green-washing. Ce film ne présente pas des solutions, autres que celles permettant de continuer à détruire plus longtemps la création. Ce qui est la définition du développement durable, autre illusion bien réelle celle-ci de sauver la planète…

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